Une réalisatrice de Taïwan narre ses relations tumultueuses avec sa mère lesbienne
Une réalisatrice de Taïwan narre ses relations tumultueuses avec sa mère lesbienne

Pauvre, déscolarisée et fille de prêtresse taoïste lesbienne: durant toute son enfance à Taïwan, la cinéaste Huang Hui-chen s’est sentie oppressée par les étiquettes qui lui collaient à la peau.

Son documentaire “Small talk” a remporté le mois dernier le Teddy Award décerné par le festival interational du film de Berlin, qui récompense des films portant sur la thématique LGBT.

C’est le point culminant de 20 années passées à filmer ses difficiles relations avec sa mère. Le film, qui sort dans les salles en avril, débarque à Taïwan alors que le Parlement s’apprête à voter en dernière lecture une loi sur la légalisation du mariage entre personnes du même sexe.

Parallèlement, la Cour constitutionnelle examine des recours cruciaux, qui, s’ils sont acceptés, pourraient aussi faire de l’île le premier territoire asiatique à autoriser le mariage gay.

Une réalisatrice de Taïwan narre ses relations tumultueuses avec sa mère lesbienne
Une réalisatrice de Taïwan narre ses relations tumultueuses avec sa mère lesbienne

Mais il y a 30 ans, quand Mme Huang était enfant, l’homosexualité était beaucoup moins bien acceptée. Elle se rappelle comme si c’était hier comment, à l’âge de 11 ans, elle avait entendu deux membres âgés de la famille décrire sa mère comme une anormale, une “tongzhi”, le terme chinois pour une personne gay.

Jusqu’alors, Mme Huang, qui a aujourd’hui 39 ans, ne s’était pas posé de questions sur les relations de sa mère avec les autres femmes.

“Mes impressions quand j’étais petite, c’est qu’elle était toujours entourée d’amies. Qu’elle aimait les filles et était amie avec elles”, dit-elle. “Cette phrase a semé le doute dans mon esprit. Pourquoi est-ce anormal?”.

La cinéaste raconte qu’elle se sentait comme une étrangère à cause de sa famille non conventionnelle. Dès l’âge de six ans, elle travaillait pour sa mère, tout comme sa soeur, et l’aidait à remplir ses fonctions de prêtresse taoïste.

Le taoïsme est la première religion à Taïwan. La famille était spécialisée dans un rituel consistant à “guider les morts”, moments de danse et de chant destinés à conduire l’âme des morts vers le salut, pratiqués dans les chambres funéraires et les cimetières.

La réalisatrice raconte que ce travail était considéré comme un petit boulot et qu’elle se sentait méprisée par ses camarades. A 10 ans, elle n’était plus scolarisée. Sa mère venait de quitter son père violent, auquel elle avait été mariée très jeune, et ne l’avait pas inscrite dans l’école de son nouveau quartier.

Avec son documentaire, Huang Hui-chen veut aider les jeunes générations qui se sentent isolées et sous-estimées. “Les enfants qui ne vont pas à l’école, les gens qui ‘guident les morts’, une fille avec une mère ‘tongzhi’, tous ceux là valent plus que l’étiquette que leur colle la société”, dit-elle.

Sa mère Hung Yue-nu, surnommée Anu, n’a jamais tenté de cacher sa sexualité après sa séparation avec son père. Elle n’a eu ensuite de relations qu’avec des femmes. Mais elle n’en a jamais parlé non plus avec sa fille, qui dit de sa mère qu’elle était distante.

Elles ne se disputaient pas mais Mme Huang se sentait ignorée par une mère qui focalisait toute son attention sur ses amies. Elle lui en voulait aussi de ne plus fréquenter l’école.

Portrait courageux

“En surface, nos relations étaient paisibles mais des courants violents faisaient rage en profondeur”. Elle a commencé à s’intéresser au cinéma à l’âge de 20 ans quand un réalisateur est venue la filmer dans le cadre d’un projet sur les rituels funéraires. Elle a ensuite pris des cours gratuits de cinéma et a commencé à explorer les relations avec sa mère.

“J’ai appris une autre façon d’observer le monde”. Le jury de Berlin a qualifié son documentaire de “portrait courageux”, qui fait parler sa mère, ses anciennes petites amies et les membres de sa famille.

Anu s’est vue à l’écran pour la première fois lors de la première mondiale du film à Taipei, en vue des Golden Horse Awards de Taïwan de 2016, où il avait été nommé dans la catégorie meilleur documentaire. “Elle était assise à côté de moi et je voyais qu’elle retenait ses larmes”, dit Mme Huang.

Devenue mère d’une petite fille de cinq ans, Mme Huang dit que la communication avec sa mère reste difficile.

“Ce documentaire, c’était pour mieux comprendre ma mère mais aussi pour qu’elle me comprenne mieux”.

Elle espère aussi qu’il favorisera le débat sur les droits des homosexuels, l’éducation et les parents célibataires. Mais Anu ne semble pas s’intéresser plus que ça aux débats en cours sur le mariage gay, dit sa fille.

Une fois, elle avait emmené sa mère à la Gay pride de Taipei, mais celle-ci s’était rapidement ennuyée. “Peut-être qu’elle est dans le meilleur état d’esprit, à savoir qu’on n’a pas besoin de faire de grands discours pour prouver sa valeur”.

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