Angleterre : l'homosexualité reste taboue dans le football britannique
Angleterre : l'homosexualité reste taboue dans le football britannique

Comme en France, l’homosexualité reste taboue dans le football britannique malgré des campagnes de sensibilisation, poussant les supporteurs gays à réclamer davantage de soutien de la part des clubs.

“Je ne vois pas un joueur sur le point de faire son coming-out”, déclare le comédien britannique Matt Lucas, à la tête des “Gay Gooners”, une association de supporteurs homosexuels du club londonien d’Arsenal. Car s’il le faisait, ce serait perçu comme un aveu de “faiblesse”.

Angleterre : l'homosexualité reste taboue dans le football britannique
Angleterre : l’homosexualité reste taboue dans le football britannique

En août, Ryan Atkin est devenu le premier arbitre professionnel du foot anglais à avoir évoqué publiquement son homosexualité, en espérant que sa décision aide à combattre l’homophobie dans le sport roi.

Côté joueurs, l’Anglais Justin Fashanu a été le premier footballeur à le faire, en 1990. Attaqué de toutes parts, exclu de l’entraînement à Nottingham Forest, puis accusé d’agression sexuelle aux États-Unis en 1998 (les charges seront abandonnées faute de preuves), il s’est suicidé peu après.

L’ancien international allemand Thomas Hitzlsperger a lui attendu 2014, une fois retraité, pour reconnaître publiquement son homosexualité.

En France aussi, il ne sont qu’une poignée de joueurs à avoir fait leur coming-out. Les auteurs d’un rapport sur les discriminations dans le sport, paru en 2013, expliquaient que les footballeurs craignent de “mettre leur carrière en péril”, évoquant “un footballeur professionnel de haut niveau”, contraint par un sponsor de s’afficher “au bras d’une femme pour désamorcer les rumeurs”.

Tsunami d’homophobie

“C’est quelque chose que je n’ai jamais vu (qu’un joueur fasse son coming-out) mais pourquoi pas? C’est un être humain, ce qu’il ressent fait partie de la vie privée. Ce n’est pas en rapport avec le joueur, nous devons juste le respecter”.

C’est ce qu’a estimé le Français Paul Pogba, milieu de Manchester United, cité en août dans L’Equipe, à l’occasion du lancement de la nouvelle campagne de l’UEFA en faveur de la diversité dans le football.

Mais pour le moment, les joueurs homosexuels continuent d’évoluer dans un environnement hostile. “Une lame de fond, un tsunami d’homophobie submergerait les clubs si un joueur faisait son coming-out”, estime Jonathan Green, un membre des “Gay Gooners”, interrogé par l’AFP.

“Les joueurs homosexuels sont pétrifiés à l’idée de le faire. De nombreux joueurs sont gays, certains en Premier League, mais ils ne bénéficient pas du soutien des clubs qui les emploient”, déplore-t-il. “La situation pourrait changer si tel était le cas”, selon lui.

Seuls un tiers des 92 clubs de football professionnels en Angleterre ont des fans-clubs LGBT. “Que font-ils? Pas grand chose jusqu’à récemment”, estime M. Green, en allusion aux clubs de Premier League mais aussi à la Fédération anglaise de football, même si celle-ci soutient la campagne “Lacets arc-en-ciel”, lancée par Stonewall, une association de défense des LGBT.

Arsenal pour tous

Arsenal se démarque un peu. Le club londonien avait placé son match de Premier League dimanche contre Brighton sous le slogan “Arsenal for everyone” (“Arsenal pour tous”). Une occasion de “créer un environnement où tous ceux qui sont associés au club se sentent respectés et les bienvenus”, selon son site internet.

Ainsi, avant le lancement du match, les supporteurs gays d’Arsenal ont affronté sur le terrain ceux de Brighton (“The Proud Seagulls”). L’entraîneur d’Arsenal, Arsène Wenger, a insisté dimanche sur l’importance d’un esprit d’ouverture.

“C’est crucial, une des responsabilités du sport”, a-t-il déclaré tout en reconnaissant qu’il “prêchait parfois dans le désert”. “Il ne s’agit pas seulement de gagner: un club de foot est en première ligne sur les valeurs. Si je suis ici depuis 21 ans, c’est parce que nous avons ces valeurs”, a-t-il ajouté.

A Brighton, au contraire, on préfère faire l’autruche, selon Stuart Matthews, fondateur des “Proud Seagulls”. “Ils ne pensent pas que c’est un problème du club, ils pensent que c’est le problème des autres clubs”, déplore le livreur de 50 ans.

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